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Stiegler and Co suite

Un certain art contemporain

Ode à la forme et au sensible

Du Jourdain au Kongo et du Congo à Notre-Dame de Paname à Courroux sur l’île de Guyane

Note de lecture à propos de Bernard Stiegler

Ha : Ha ! Vous vous dîtes donc télépathe ?

En ligne, en rang, en joue ?

Lettre poème en prose

Les Véritables Vœux de l’affront national

Communiqués officiels de la Conférence du 421 climatique

il n’y a plus rien.....

Le pilotage d’un drone militaire : destruction virtuelle ou crime légal off-shore.

La Querelle des Modernes et des modernes

PRÉLIMINAIRES de Miguel Amoros

Effort et Destin ou L’homme propose, le Ciel dispose

Florilège de Bertrand Russell

carré blanc et boules blanches

De l’illettrisme

Florilège de Walter Benjamin

ZZZ jeu surréaliste

Communautés 68 et après !

Que l’humour est-il devenu ?

Folie ou non-folie

Poème numéro 1

Poème numéro 2

Mesdames, Messieurs les législateurs...

Que l’humour est-il devenu ?

« On peut définir un cynique comme celui qui connaît le prix de tout et la valeur de rien. » Oscar Wilde

Même, si scientifiquement et utopiquement, j’ai foi et espérance dans l’être humain et dans l’humanité. Comme une sorte de volonté progressiste et consciente dans l’optimisme afin que l’être humain et l’humanité tendent à s’améliorer. Je crois raisonnablement que tout porte à désespérer dans les choix politiques, économiques et technologiques réalisés depuis plus de deux siècles. Le Monde va mal. La croyance déterministe mise en œuvre dans le pillage de la Nature, la démographie galopante, le changement climatique et le fatalisme de la croissance économique exponentielle ainsi que la bureaucratisation des états et de la gestion des ressources naturelles créent une situation d’administration d’un désastre annoncé et d’un développement durable mortifère. Les relations poétiques et matérialistes des êtres au Monde et aux autres semblent devenir robotiques et hygiéniques. A mon grand désespoir, car je croyais dans la tendresse, l’altruisme et un certain romantisme fraternel avec l’autre. L’aimée, l’ami, le frère, la sœur et le camarade. Tout cela a volé en éclats. La boite de Pandore s’est ouverte sur la catastrophe technologique et humaine, ainsi que sur le délitement des sentiments réciproques et partagés entre les êtres. Le désir d’harmonie et d’union amoureuse et amicale se dérobe sous les pieds du marcheur contemporain qui devient une sorte de comptable calculateur et arpenteur : déambulant de long en large entre les maisons, les gens et les sentiments, grappillant quelques onces de plaisirs éphémères et ne rencontrant que son reflet dans le miroir de sa solitude peuplée d’êtres et de choses isolés et non reliés aux questions transcendantes et dialectiques de l’humanité, de la terre-mère et du cosmos. Même à marcher dans sa tête, chacun est confronté à la question du bénéfice à en tirer comme si la gratuité du don s’était perdue dans les méandres de la Bourse et de la marchandisation de la Vie et des liens autonomes aux autres. Le prix des choses et l’intérêt pour l’autre sont devenus des monnaies sonnantes et trébuchantes dans le porte-monnaie et dans l’entretien des vices. Alors que savoir donner, recevoir et rendre a bâti des relations d’intérêts vertueux entre les êtres et leur environnement pendant des siècles malgré les aléas des guerres et des conquêtes. Actuellement, l’humanité semble plongé dans un âge de fer où son désir d’évolution serait bloqué dans des comportements d’insectes technologiques et appareillés et où son vieux fond d’altruisme se serait perdu et soumis sous les coups d’une idéologie et d’une propagande fatalistes et voraces auto-entretenues par l’aliénation à la propriété égoïste et au quant à soi.

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher ; essayez l’ignorance ! » Abraham Lincoln

La politesse, l’honnêteté, le sens de la justice, la fidélité amicale ou amoureuse sont devenues des petites vertus passées de mode. Avoir le sens du goût pour les rapports aux choses et aux êtres avec esthétisme, savoir-vivre et délicatesse semble devenu une ineptie archaïque . Ce sens du goût,s’y réfèrent des êtres ayant cultivé le doute et la cohérence ainsi que l’intégrité et la lucidité dans leurs actions critiques de la vie quotidienne et du travail. Comme si ces outils du corps et de la pensée, au même titre que du langage, n’étaient que des mots creux et de fausses postures dans la guerre que chacun mène contre lui-même dans le stress, l’angoisse et la culpabilité afin de réussir à gagner sa vie ou à la perdre et à survivre dans l’isolement de la guerre de tous contre tous ; avec les armes du mépris, de la concurrence et de la marchandise. L’estime de soi et la quête de l’estime des autres afin de socio-construire des relations saines et des dialogues émancipés apparaissent sans lendemains. Sauf à cultiver un égotisme solitaire qui n’attend plus rien de la vie collective et ne croit plus dans le développement d’une personnalité autonome et responsable. C’est-à-dire un individu nomade, unité électronique nucléaire du grand tout mondialisé, interchangeable et non indispensable. Il s’engage dans des contrats comme un condottiere ou un mercenaire (technicien moine-soldat polyvalent), sur des emplois ou sur des causes politiques et humanitaires, avec beaucoup de motivation exubérante et de bonne volonté caritative déclaratives mais sans avoir acquis les compétences de tels engagements. De cette manière, chacun acquière, plus ou moins facilement, un emploi avec des avantages afférents sur un poste de travail mais presque plus personne ne pratique un métier. Essentiellement, l’affairisme et la recherche du pouvoir le guideraient afin de se distinguer et d’être courtisé en retour comme petit marquis d’Etat/Entreprise où il aurait réussi et à qui feraient allégeance les sous-fifres. Alors que les courtisans des principautés d’Italie du 16ème siècle servaient un Prince avec prudence, intelligence et sagesse en cherchant à réunir éthique et grâce, le petit marquis contemporain se veut d’une caste, d’un parti, d’une société, d’une entreprise ou d’une élite, sans la contrepartie de céder son intérêt particulier à l’intérêt collectif. Quelques artistes, artisans, paysans ou des professionnels indépendants et autonomes, tels les sublimes du 19ème siècle, se distinguent, de part leurs gestes avec des outils sur la matière ou de part leurs connaissances avec les Hommes, sur des corps de métiers en voie de disparition du fait des marchandises techno-scientifiques omniprésentes. Les êtres humains créateurs qui prennent soin d’eux-mêmes avec une estime pour les autres bâtissent des univers intérieurs, telles des Jérusalem intimes (Cité idéale tolérante de carte postale), qui ne se soumettent guère aux mirages du pouvoir de l’Etat/Entreprise et ne collaborent point à la domination, tout en prenant la parole, avec prudence et courage, là où ils sont, contre l’ordre établi et sa reproduction.Le style qui révèle l’individu et crée ses relations préférentielles semble niveler sous le joug du calcul ou de l’ignorance ou de l’obsession ou du nihilisme. Une relation se construit en mettant bout à bout des situations créées dans une suite d’instants présents, inscrits dans une histoire partagée avec ses résolutions de conflits et ses controverses positives ainsi que ses moments de joie. La société semble bien malade mais si chacun est un peu malade et fatigué, il le cache sous son masque et fait bonne figure tout en se retirant dans une solitude isolée, pleine de conventions sociales, de plus en plus insupportable et douloureuse.

Il est devenu un devoir de paraître optimiste. Dans beaucoup de situations, il faut entretenir un clientélisme ; il faut créer des réseaux sociaux. Comme si le droit d’être optimiste et de légiférer collectivement se dérobait à l’engagement social de l’individu. Ses cinq sens lui rappellent systématiquement : les pollutions atmosphériques, la malbouffe, les dégâts environnementaux, les déchets industriels, les bruits et les sons ineptes de la vie urbanisée, le changement climatique etc. En fait, le brouhaha technologique et le trop plein d’images submergent sa conscience. Mais son inconscient crie souterrainement sa douleur et l’individu se doit de faire bonne figure en société car il y perd souvent la face que le silence intérieur et la liaison au Sensible nécessaire à sa méditation n’arrivent point à remédier. En effet, ce n’est plus son visage qu’il entraperçoit dans son préconscient ou le visage de l’aimée ou de l’ami mais des figures de guerre contre lui-même ; et ses culpabilités le ramènent à la survie économique. Ainsi, le dialogue, aussi bien personnel qu’équilibré avec l’Autre, pour construire le droit collectif et individuel en l’optimisme se voit traduit en conventions sociales et en apparence de normalité. « Science et vérité s’excluent » affirme le psychanalyste Jacques Lacan. Et, l’être postmoderne a une croyance hypnotique dans la science et dans ses experts scientifiques ; à tel point que la recherche de la vérité en est oubliée. Les anciens pensaient la quête de la vérité, dans la tradition classique, comme une démarche collective d’émancipation humaine. Il existe une raison qui se veut pessimiste et une volonté qui œuvre avec optimisme. Mais à l’époque actuelle, les pensées chez chacun s’entrechoquent déraisonnablement et la discussion entre tous tourne court. Toutefois, quand le calme s’établit avec un libre esprit, entre quelques personnes de bonne volonté : les moments de bonheur émaillent les cœurs, les rires se moquent du Prince et de nos maîtres et les parades amoureuses se mettent en danse.

Visionnez les entretiens et soutenez l’initiative sur http://www.labandepassante.org/ulys...

« Certains auteurs nous assurent que peu de temps avant la victoire du christianisme, une voix mystérieuse courait sur les rives de la mer Égée, disant : « Le grand Pan est mort. » L’antique dieu universel de la Nature était fini. Grande joie. On se figurait que, la Nature était morte, morte était la tentation. Troublée si longtemps de l’orage, l’âme humaine va donc reposer. S’agissait-il simplement de la fin des vieilles formes religieuses ? Point du tout. En consultant les premiers monuments chrétiens, on trouve à chaque ligne l’espoir que la Nature va disparaître, la vie s’éteindre, qu’enfin on touche à la fin du monde. C’est en fait des dieux de la vie, qui en ont si longtemps prolongé l’illusion. Tout tombe, s’écroule, s’abîme. Le Tout devient le néant : « Le grand Pan est mort ! »

Ainsi s’exprime au commencement de son livre, « La sorcière », Michelet. Afin de paraphraser Michelet j’affirme : Un murmure virtuel et cybernétique court autour du globe terrestre : « Nous sommes en train de changer le climat. » Et si des anciens dieux, notre terre mère, Gaïa, en est la représentation spirituelle. « Nous sommes en train de tuer Gaïa et peut-être nous avec. » « Comment nous sauver, sauver Gaïa et ne pas être nos propres dupes ? »

Décembre 2010