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Un certain art contemporain

Ode à la forme et au sensible

Du Jourdain au Kongo et du Congo à Notre-Dame de Paname à Courroux sur l’île de Guyane

Note de lecture à propos de Bernard Stiegler

Ha : Ha ! Vous vous dîtes donc télépathe ?

En ligne, en rang, en joue ?

Lettre poème en prose

Les Véritables Vœux de l’affront national

Communiqués officiels de la Conférence du 421 climatique

il n’y a plus rien.....

Le pilotage d’un drone militaire : destruction virtuelle ou crime légal off-shore.

La Querelle des Modernes et des modernes

PRÉLIMINAIRES de Miguel Amoros

Effort et Destin ou L’homme propose, le Ciel dispose

Florilège de Bertrand Russell

carré blanc et boules blanches

De l’illettrisme

Florilège de Walter Benjamin

ZZZ jeu surréaliste

Communautés 68 et après !

Que l’humour est-il devenu ?

Folie ou non-folie

Poème numéro 1

Poème numéro 2

Mesdames, Messieurs les législateurs...

Florilège de Walter Benjamin

Walter Benjamin : « ALLEMANDS, une série de lettres (1936) » Éditions de l’encyclopédie des nuisances, Paris 2012. (pages 111-112-113-114)

| Georg Lukâcs a fait cette remarque dont la portée est grande : la bourgeoisie allemande, disait-il, n’avait pas encore triomphé de son premier adversaire - la féodalité - que le second- le prolétariat - lui faisait déjà face. Les contemporains de Metternich en savaient quelque chose. Il suffit d’ouvrir L’Histoire du XIXè siècle de Gervinus, dont on ne dira jamais assez de bien, et d’y lire ce que le chancelier d’empire Metternich put y trouver lui aussi avant sa mort : << Il y eut de grands hommes d’État, dont le règne fut plus oppressif que celui de Metternich, mais qui compensaient leur dureté par les services qu’ils rendirent à l’État ; même s’ils mettaient, comme Metternich, leur intérêt avant celui de l’État, ils agissaient pour le bien, tant que leur avantage personnel n’était pas en jeu, par habileté, ou par penchant naturel, ou encore par simple besoin d’agir. Il n’en allait pas ainsi de Metternich. Son intérêt à lui c’était l’inaction, il était donc toujours en jeu et toujours en conflit avec le bien de l’État. >> Mais ce n’était pas cette seule inaction qui donnait au chancelier, enfin congédié, le détachement dont cette lettre écrite à quatre-vingts ans témoigne si visiblement. Ce n’était pas non plus la jouissance sereine des inestimables richesses que le prince avait accumulées en trente ans de paix. On disait qu’il les avait acquises << par des coups de Bourse et des traités de partage avec les rois de l’argent, grâce aux services donnés et rendus, aux reventes à prix fort après achats à bas prix, ou grâce aux millions de dédommagements gagnés à coups de paix conclues, d’évacuations de troupes, de compensations diverses ou d’acquisitions de navires >>. Mais ce qui lui donnait aussi cette sérénité, c’était sa monumentale confession politique en huit volumes manuscrits, dont l’esprit général ne se manifeste nulle part mieux que dans cette sorte de lettre testamentaire au comte von Prokesch-Osten, son seul élève, envoyé autrichien à la présidence du Parlement à Francfort. Un demi-siècle plus tard on retrouve toujours ce qu’il y avait d’arrière-pensées et de réserve non seulement dans les propos mais aussi dans le sourire plein de sous-entendus de Metternich, un sourire où le maréchal Lannes voyait bassesse et servilité, où le baron Hormayer découvrait ruse et luxure et lord Russel une habitude sans signification. On peut trouver cette réserve et ce sourire chez Anatole France, qui dit : << "Cela est un signe des temps", dit-on à chaque instant. Mais il est très difficile de découvrir les vrais signes du temps. [...] Il m’est arrivé plusieurs fois de saisir certains petits faits qui se passaient sous mes yeux et de leur trouver une physionomie originale dans laquelle je me plaisais à discerner l’esprit de cette époque. [...] Or, j’ai retrouvé neuf fois sur dix le même fait avec des circonstances analogues dans de vieux mémoires ou dans de vieilles histoires. >> Nous y voilà ; c’est pourquoi ces esprits à l’humeur destructive, qu’ils soient grands seigneurs et féodaux d’opinion, qu’ils soient bourgeois et anarchistes, se plaisent à dire que vivre c’est jouer. Le double sens du mot est ici tout à fait à sa place. La lettre qui suit montre la scène où se joue l’éternel retour du même, et comment le hasard s’y invite, sachant que << les scrupules moraux et juridiques, c’est bon pour jouer au skat >>. Un ministre russe a dit de Metternich : << C’est de la poussière laquée. >> Ce n’est pas cela qui lui aurait fait perdre son sourire : la politique était pour lui un menuet où la poussière danse au soleil. C’est ainsi qu’il justifie sa politique, politique que même la bourgeoisie à son apogée ne put pas maîtriser sans en percer à jour le côté illusoire.

Skat : Jeu de cartes proche de notre écarté, très populaire en Allemagne

Le Prince Klemens von METTERNICH au Comte Anton von PROKESCH-OSTEN

Vienne, le 21 décembre 1854

Cher général,

Je profite de la première occasion sûre pour vous remercier de vous être amicalement souvenu du 23 novembre. Cette journée est revenue pour la 81e fois et elle ne m’offre plus guère d’autres perspectives que celles du passé ; l’avenir ne m’appartient plus et le présent ne m’offre que peu de sujets de satisfactions.

Je suis un ennemi-né de la nuit et un ami de la lumière. Entre l’obscurité totale et la pénombre, je ne fais guère de différence, car la clarté vivifiante manque tout autant dans cette dernière. Où voit-on clair ? Si vous le savez, c’est que vous êtes plus doué que moi.

Je vois dans toutes les directions la contradiction éclater entre les actes et les paroles, entre les résolutions prises honnêtement et les chemins empruntés, entre les buts compréhensibles et l’incompréhensible choix des moyens ! Je ne découvre rien de nouveau dans ce qui se passe, les choses sont toujours les mêmes, pas même habillées de parures nouvelles. Seuls sont palpables dans cette situation les échanges de rôles entre les acteurs de la pièce. Que celle-ci soit agrémentée de feux d’artifice et d’une coûteuse mise en scène, voilà qui ne fait pas de doute. Mais qu’on ne me présente pas cette pièce comme nouvelle et que l’on me permette d’attendre son développement avant de m’exprimer sur la façon dont le sujet est traité.

Ce qui est vraiment nouveau, c’est la manière dont les puissances maritimes mènent la guerre, et on le remarque à l’emploi de la vapeur. Une expédition comme celle de Crimée aurait été impossible il y a seulement quelques années et c’est incontestablement une grande expérience historique. Le profit sera-t-il à la mesure des pertes ? Cela aussi, l’avenir nous l’apprendra, qui nous réserve encore d’autres grands éclaircissements. Que le ciel les fasse tourner à notre avantage !

En l’année 1855, beaucoup de choses seront plus nettes que je ne puis les voir aujourd’hui. J’espère vous rencontrer avant qu’elle ne soit écoulée. Je ne fais jamais de projets au-delà d’une ou deux saisons au plus ; en tous temps et en toutes situations, j’ai su me coucher comme mon lit était fait et plus il devient vieux, plus il raccourcit.

Gardez-moi vos sentiments comme vous pouvez être assuré des miens. Metternich

Décembre 2012