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Un certain art contemporain

Ode à la forme et au sensible

Du Jourdain au Kongo et du Congo à Notre-Dame de Paname à Courroux sur l’île de Guyane

Note de lecture à propos de Bernard Stiegler

Ha : Ha ! Vous vous dîtes donc télépathe ?

En ligne, en rang, en joue ?

Lettre poème en prose

Les Véritables Vœux de l’affront national

Communiqués officiels de la Conférence du 421 climatique

il n’y a plus rien.....

Le pilotage d’un drone militaire : destruction virtuelle ou crime légal off-shore.

La Querelle des Modernes et des modernes

PRÉLIMINAIRES de Miguel Amoros

Effort et Destin ou L’homme propose, le Ciel dispose

Florilège de Bertrand Russell

carré blanc et boules blanches

De l’illettrisme

Florilège de Walter Benjamin

ZZZ jeu surréaliste

Communautés 68 et après !

Que l’humour est-il devenu ?

Folie ou non-folie

Poème numéro 1

Poème numéro 2

Mesdames, Messieurs les législateurs...

Un certain art contemporain

« L’art a pour devoir de donner issue aux angoisses de son époque…. Tout comme les hommes les époques ont un Inconscient. Et « ces parties obscures de l’ombre » dont parle Shakespeare ont aussi une vie à elles, une vie propre qu’il faut éteindre. A cela servent les œuvres d’art ; le matérialisme aujourd’hui est en réalité une attitude spiritualiste car, pour mieux les détruire, il nous empêche d’atteindre dans leur substance ces valeurs qui échappent au sens. Ces valeurs, le matérialisme les dit « spirituelles » et il les dédaigne : elles empoisonnent l’Inconscient de l’époque. Or rien de ce à quoi peuvent atteindre la raison ou l’intelligence n’est spirituel. Nous possédons les moyens de lutter, mais notre époque est en train de périr en oubliant de les employer…. Or tous les artistes ne sont en mesure de parvenir à cette sorte d’identification magique de leurs propres sentiments avec les fureurs collectives de l’homme…. Le mépris des valeurs intellectuelles est à la racine du monde moderne… » Antonin Artaud, L’anarchie sociale de l’art, Mexico 1936.

Certaines œuvres d’art irradient d’une aura qui nous ramène à un état de contentement et de ravissement devant leurs formes. Etre en leurs présences, c’est être confronté au beau ; beau, au sens de la phrase de Lautréamont : « Rien n’est plus beau que la rencontre fortuite sur une table d’opération d’une machine à coudre et d’un parapluie. ». Il se développe en notre esprit comme un désenvoûtement salutaire qui exorcise les terreurs quotidiennes et cela nous rend à la raison et à l’intelligence afin de vaquer à de réelles constructions collectives ou à des tâches créatives personnelles. Car nous sommes tous capables d’inventer, de créer, d’apprendre.

Alors qu’une majorité des œuvres d’un certain art contemporain nous renvoie à du bancal, du borgne, du bossu et à la suffisance narcissique de ses artistes. Heinrich von Kleist dit : « Le propre de la vraie forme c’est que l’esprit se dégage d’elle immédiatement, instantanément, tandis que la forme défectueuse le retient comme un mauvais miroir et ne nous rappelle rien qu’elle-même. ». Souvent un certain art contemporain, contrairement à un art qui respecte les sens et cherche un sens à sa forme, cultive le prétentieux défectueux et le cérébral arrogant. Alors que les gestes ouvriers utilisés par un artiste conséquent mettent en présence une forme et du sensible. Le grand public des gens ordinaires se sait courtisé et en même temps méprisé. Il n’y a rien de relativiste dans l’utilisation d’un outil et de ses mains car cela demande de la persévérance, de l’application et de l’autodidactie. Autrement, on se blesse ou on commet des erreurs sur le travail en cours ; ce qui des fois, fait changer la direction du premier travail entrepris. Le travail d’un artiste manuel est de l’ordre de la pensée ouvrière. Il remet son œuvre en cours sur l’établi ou le chevalet tels le savetier, la brodeuse, le relieur, le forgeron avec leur ouvrage. La forme créée, observée avec imagination, raison, passion, mémoire, effort et idéaux universels met en éveil le cœur-organe en harmonie avec le cœur-sentiments.

Trois clics de souris numérique, un logiciel et un panel d’usines en plasturgie où le labeur se réalise par des façonniers ou quelques délires cultuels qui font l’éloge « du vide, du déchet, de l’absurde, du scatologique, du pornographique et du morbide » (taxinomie extraite de « Du narcissisme de l’art contemporain » Alain Troyas, Valérie Arrault, éditions l’échappée 2017) et vous avez affaire à un certain art contemporain. Pour exemples : Bambi géant de Disney recréé, sculpté en polyester fignolé et colorisé en usine par des ouvriers façonniers, à partir d’images numériques 3D conceptualisées par Jeff Koons, exposé dans la galerie des glaces du château de Versailles ; galerie newyorkaise vide peinte en blanc du sol au plafond, l’événement étant le vernissage où se presse plus d’une centaine de gens ; turbomoteur rouillé d’avion de ligne intercontinentale de 15 mètres de long sur 3 de large et 3 de haut couvert d’ordures incrustées, exposé dans la galerie parisienne de la Maison Rouge ; montagne d’une tonne de bonbons à la menthe, exposé dans le White cube de New-York à un centime chaque, achetée pour 5000€ revendue 450000€ à un richissime collectionneur chinois ; couple d’artistes copulant en public avec des partenaires intermittents du spectacle rémunérés ; peintre peignant avec sa merde sur une toile et mangeant ses excréments devant un public assis ; artiste faisant du boudin comestible pour les spectateurs et les critiques d’art avec son propre sang ; chien enfermé dans un cube de verre par un artiste mexicain, lors d’une foire internationale d’art contemporain au Guatemala, mourant de faim et de soif sous les regard des visiteurs ; corps de condamnés à mort achetés au Ministère public de la Justice chinois taxidermisés et exposés à travers l’Europe ; etc. ; etc. . Tout cela filmé en vidéo numérique et diffusé sur le Net, enrobé de commentaires présomptueusement contestataires et démagogiquement engagés. Les artistes sont toujours contemporains d’une époque mais certains artistes dits d’art contemporain déconstruisent les repères esthétiques et sont les provocateurs d’une décadence subventionnée et encensée. L’idéologie technicienne considère l’utilisation de ses mains et d’outils manuels comme passéiste. Cependant, les techniques robotiques rendent captif du processus abstrait de la novlangue numérique. Certains artistes d’art contemporain exercent par leurs installations et performances un renversement et un épuisement du désir car la désublimation positive (Herbert Marcuse, « l’homme unidimensionnel ») mise en œuvre exprime la transgression narcissique et la toute-puissance pulsionnelle un peu infantile. La défense de l’art manuel se déroule sur un front ouvert non-violent au Monde. L’offensive généralisée d’un certain l’art contemporain sature la communication et la formation des esprits. Cet art contemporain perpétue une aliénation mercantile hypnotique à la bêtise. Malgré, la fureur narcissique exaltée célébrée de certains artistes d’art contemporain, ils sont bousculés dans leur certitude par la désaffection du public qui fait plutôt un éloge des œuvres sensibles faites de formes et qui suscitent la forme. Dans la clandestinité des ateliers, des artistes pratiquent un art manuel qui relie la tradition et la modernité. Leur quête de la liberté est peut-être inconsistante mais n’est pas formatée par les diktats et les illusions techniciennes ou débraillées d’un certain art contemporain qui fascinent tant les riches collectionneurs et leurs courtisans critiques d’art serviles en mal de pseudo-scandales.

Le propos d’une pensée critique n’est pas de lutter contre une partie de l’art dit contemporain qui a à se corriger et s’améliorer par lui-même. C’est plutôt de susciter le désir de résistance au tout technologique et au tout débraillé prétendument artistique, et ainsi d’organiser chez chacun potentiellement un goût pour le travail manuel, sa pratique, son apprentissage et y trouver un équilibre intellectuel et physique face aux choses concrètes que sont la main, l’outil, la matière en union avec une connaissance sensible de la poésie.

« Pourquoi la société ne connaît et ne voit pas l’art ?... Quoi de plus triste à voir pour un artiste que cette exposition de tableaux qu’il fait annuellement…, que cette population qui regarde sans voir (comme si elle tombait des nues) et qui a l’esprit aux affaires financières. C’est cependant pour elle que tout cela fut fait, car l’artiste, au contact de ce monde d’argent a dégénéré et ne remplit plus sa mission. Ce n’est plus lui qui imprime son gant au monde, c’est le monde qui lui imprime son gant, si bien que de l’art nous sommes tombés dans la mode. Mais aussi que faire devant un siècle qui voit exclusivement ses jouissances dans le matérialisme ? Comme ainsi fait qu’on apprécie un homme à sa richesse, l’esprit a ployé sous l’argent. L’artiste est marchand aussi. Sur cent-quinze camarades… combien cherchent ? on en découvre parfois une dizaine qui marchent à la découverte, observent, imaginent, créent, innovent, et sur lesquels seulement se fonde l’espoir des temps. » Gustave Courbet, après la Commune de Paris. (Extrait de ses manuscrits conservés au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale).

Michel Caubel Août 2017